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COMMUNIQUE CRER

La pratique des centres fermés s’est largement  banalisée sur tout le continent européen depuis la création des premiers centres dans les années 1980.

A l’époque, un mois de détention était jugés excessifs par les Cours constitutionnelles. A présent, la « directive retour volontaire» adoptée par le Parlement européen l’été 2008, autorise l’enfermement  pour une durée pouvant aller jusqu’à un an et demi. Qu’il s’agisse des sans-papiers ou des candidats réfugiés, le statut des immigrés se transforme progressivement. Les réfugiés étaient autrefois autorisés à s’installer sur le territoire pendant le temps de la procédure, ils sont aujourd’hui placés dans des centres ouverts ou fermés, selon les cas ; tandis que les sans –papiers, eux, ne sont, de plus en plus, que des illégaux, des hors-la-lois. 

On ne peut que constater la ferme volonté des Etats membres de maintenir les portes de l’Union fermées et de sanctionner, pour l’exemple, ceux qui parviennent à passer : « préventive », l’Europe ne distribue plus de visa, elle déploie des moyens militaires (Frontex) pour assurer la fermeture physique de ses frontières  et conditionne l’aide au développement des pays du sud à leur implication dans la lutte contre l’immigration. « Curative », l’Europe développe un système de « détention /expulsion » chargé de réduire le nombre d’arrivant, mais surtout, de décourager les pays d’origine et de rassurer les populations  européennes. En agitant l’épouvantail du chômage et de l’insécurité, l’étranger apparaît comme coupable de tous nos malheurs.

La Belgique n’est pas la moins zélée dans l’exécution de cette  politique. Sur le plan interne, elle y dépense des moyens financiers et humains considérables. 12000 personnes sont détenues chaque année dans les centres fermés, 9000 d’entre elles sont renvoyées dans leur pays d’origine. Chaque expulsion coûte entre 10.000 et 15.000 euros. Le fonctionnement des centres prélève 13 millions d’euros sur le budget annuel de l’Etat. Le coût mensuel de la détention d’une personne  s’élève  à 1200 euros.

Chez nous, comme partout dans la Forteresse Schengen, les centres fermés s’affirment comme la pièce maîtresse de la politique migratoire.  Les instances européennes ne cessent de rappeler pourtant que la rétention en centre fermé devrait être une solution de dernier recours, que d’autres mesures, moins coercitives, devraient être privilégiées. Mais en pratique, plus personne ne remet en cause le modèle actuel. L’enfermement et l’expulsion se sont  systématisés. Seules les conditions sont quelque peu contestées. Les évènements tragiques de l’actualité des immigrés ont permis de faire valoir quelques menues exigences auprès du gouvernement. Le concept d’ « humanisation » des centres fermés a dernièrement été brandi pour forcer l’amélioration des conditions d’enfermement et d’expulsion.

Suite aux dernières entreprises réactionnaires de la Ministre en charge, Annemie Turtelboom (open VLD), visant notamment à séparer les familles des centres fermés, cette dernière a été amenée à reconnaître certains égarements de sa politique répressive et  s’est décidée à investir, elle-même, le doux thème de l’humanisation. De nouveaux budgets ont été débloqués pour créer de nouveaux centres destinés aux familles. Il y a quelques jours, un marché de 11 millions d’euros a été attribué pour la réfaction des centres 127 et INAD unanimement jugés, depuis des années, impropres à la détention. Un autre million d’euros a encore été dégagé pour rendre plus « sympa » les centres existants.

Au regard des souffrances endurées par les personnes qui ont été détenues, il peut paraître inconvenant de ne pas accueillir cette solution à bras ouverts. Pourtant, au vu de la place occupée aujourd’hui par les centres fermés dans notre politique migratoire, réclamer l’humanisation de ces centres semble vouloir dire qu’il est possible de régler le problème de l’immigration en améliorant les conditions matérielles de détention et d’expulsion. Avant de nous jeter dans cette voie et de légitimer, une fois pour toute, l’existence de ce que l’Amérique latine appelle les « camps », ne devrions nous-pas nous interroger plus sérieusement sur leur rôle et leurs effets, tant sur le plan national qu’international ?  

(crer)